FROOME DANS LE VENTOUX : PLUS HAUT C’EST LE SOLEIL !

Allez on remet ça, une petite analyse sous l’oeil du coach velo2max. Etape longue de 242 km… et pour finir on monte le Ventoux.

Mon chrono je l’ai déclenché au virage de St Estève, l’endroit clef ou la montée devient sérieuse, soit à 15.650 km de l’arrivée.

Temps de Froome  : 48’21 », soit une vitesse de 19.5 km/h : 401 watt  

Pour affiner le calcul, il nous faudra attendre la publication d’un fichier puissance d’un coureur. Un coureur du top 10 serait l’idéal.

Pour évaluer la puissance, il faut aussi tenir compte du fait que Froome à fait la moitié de la montée abrité du vent. J’applique donc un coefficient SCx de 0.25 sur la moitié de la montée et 0.35 sur le reste de la montée.

Le vent n’a pas été trop gênant avant le Chalet Renard, mais sur la fin c’est un vent plutôt défavorable qui à soufflé d’après les commentaires des journalistes.

Regardons la puissance par tranche de 5 km, car j’ai aussi fait des pointages au 10ème et 5ème km de l’arrivée et aussi sur le dernier km.

  • 1ere partie de la montée du virage St Estève jusqu’au panneau 10 km  : 5.650 km : 18’33 »
    • Puissance estimé : 402 watt (partie abritée pour Froome, excellent bitume estimée à 0.3 de Cr)
  • 2ème partie : du panneau 10 km jusqu’au panneau 5 km : 15’33 »  (et 29’45 » pour les 10 dernier Km)
    • Puissance estimée : 373 watt (là j’ai un doute sur cette valeur)
  • 3ème partie : 5 derniers kilomètres : 14’12 » :
    • Puissance estimée 420 watt (dans le vent, bitume moins bon estimée à 0,05 de Cr)
  • Dernier km : 3’18 », pour faire 112 de dénivelé selon Open Runner.
    • Puissance estimée : 473 watt… Quintana perd 18″ en 1 km.

 

Contador est estimé à 381 watt pendant 50’05 », ce qui est en progrès par rapport à Ax 3 Domaines car le Ventoux est bien plus long.

A préciser : Froome réalise un sacré exploit, certes son temps est inférieur à ceux de Marco Pantani en 1994 qui montaient en 46′ à 425 watt, ou encore de Miguel Indurain en compagnie de Luc Leblanc, Richard Virenque en 47’30 » à 410 watt.(1)

Qu’en penser : Il faut rappeler que cette étape était longue (242 km), certes sans cols de haute montagne avant, mais les coureurs abordaient le pied du Ventoux après presque 5 heures de vélo, et cela n’a pas été de la promenade, je suis vraiment impressionné par les performances de 10 premiers coureurs, on flirte vraiment avec les limites du corps humain. Jean Christophe Peraud qui reste tous le temps dans les roues à l’abris du vent est estimée à 375 watt environ (5.4 watt par kilos). Frédéric Grappe dans son livre rapporte une analyse des performances record de coureurs dopés comme étant comprises entre 5,9 watt et 5,6 watt pour des effort de 20′ à 60′. (2) Ces valeurs concernent des cyclistes dont on sait qu’ils ont eu recours au dopage car ces derniers se sont fait pincer lors de contrôles. Froome à développé 5.9 watt par kilo pendant 48′.

effet altitude sur performance

Ce qui m’interpelle, c’est le final de Froome, il va tenir dans les 5 derniers km 420 watt et se paye le luxe de faire près de 445 watt sur les 2 derniers kilomètres avalés en 6’19 ». Nous nous trouvons entre 1500 et 1900 m d’altitude, et l’effet de la baisse de pression partielle d’oxygène est bien réelle. Nous devrions voir une baisse de puissance. Froome est certainement capable de sortir 450 watt sur 20′ sans fatigue et sur une montée en basse altitude, soit 6.6 watt par kilo. Quant à la PMA sur 6′ minutes, bien plus de 500 watt, peut être 530 watt.

Et je note aussi, que ce coureurs est complètement téléguidé, très souvent en relation avec le DS dans la voiture. Et pour humilier encore un peu plus ses rivaux, il pédale carré. J’ai rarement vu des professionnels avec un style aussi décalée. Son pédalage par exemple contredit tout le travail d’analyse de Frédéric Grappe. En effet, Frédéric Grappe explique très bien le rôle du relâchement de la cheville dans le pédalage. Il illustre cet aspect avec des exemples comme Lance Armstrong qui malgré la triche avérée avait appris à maîtriser de nombreux paramètres. Ce qui ne semble pas être le cas de Froome… Ce coureur est téléguidé, sans oreillettes, je ne serais pas étonné s’il était mi en difficulté bien plus facilement par ses rivaux.

Cette photo illustre le verrouillage de la cheville de Froome. Lorsque le pied remonte, il faut relâcher les muscles jambiers antérieurs (devant au niveau du tibia). Ces muscles sont les extenseurs du pied, et si on les contractent dans la remontée, le pied reste toujours bloqué à 90°. Or c’est une perte d’énergie. Il faut que ces muscles soient relâchées, cela permettra d’augmenter l’amplitude du segment fémorale, et donc d’utiliser au maximum la force des quadriceps. Froome fait tout le contraire… c’est peut être pour ça qu’il ne parvient pas à se hisser au niveau des records établis ces 20 dernières années ?

Quant au pédalier Ovale… c’est une plaisanterie, cela ne sert à rien, lire à ce sujet l’étude que j’en ai faite et que vous pouvez retrouver dans le livre.

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Notes :

Les puissances que je vous donne sont des estimations, elles peuvent être fausses de 2 ou 3 watt par rapport à des données SRM et de plus de 10 watt si les conditions météos ou la route sont très mauvaises. En générale j’affine mes calcul dès qu’un coureur publie son fichier SRM. Mes calculs sur les étapes des Pyrénées comportaient une marge d’erreur de 1.5 % par rapport au SRM, ce qui est excellent.

La puissance étalon que je vous donne correspond à un poids de 69 kilo + 8 kilos d’équipement, soit 77 kilos. (Pourquoi ? Bin parce que je pèse 69 kilos tout simplement….)

Gérard Holtz annonçait 409 dans l’après Tour… amusant, ces calculs commencent en entrer dans les moeurs, dommage qu’après on entendent les journalistes tenter de relativiser, de positiver, et même Cédric Vasseur dire que chez SKY il y a une bonne politique anti dopage… je ne prendrais pas le risque de me décrédibilisé en affirmant que tout va très bien, car si SKY OU Froome tombe, bonjour la crédibilité…. remarquer, les journalistes répètent toujours autant de bobards depuis des lustres, sont ils eux aussi prisonnier d’un système de pensée)

(1) Magazine Tous Dopé, Juin 2013 page 130. A noté que mon calcul, comme la plupart du temps est inférieur de 15 watt environ à ceux de Vayer et Portoleau.

(2) Fred Grappe, page 435 Cyclisme et Optimisation de la performance 2ème Edition.

Du virage de St Estève jusqu’a 10 km de l’arrivée, soit 5.650 km.

Entre 10 et 5 km de l’arrivée

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49 replies on “FROOME DANS LE VENTOUX : PLUS HAUT C’EST LE SOLEIL !”

  1. françois on

    Le vent au ventoux était de secteur Nord Est , donc de coté puis de face, mais c’est très dur, voire même impossible à estimer.
    Sur le Ventoux, Froome est de toute façon allé aussi vite qu’Armstong, avec en plus une préfatigue non négligeable, et dans des conditions météo vraisemblablement peu favorables.
    L’alpe sera vraisemblablement très intéressant à chronométrer, surtout si ses adversaires en net regain de forme poussent froome dans ses ultimes retranchements….
    A surveiller le chrono de rodriguez…

    A noter la présence sur le plateau télé de france 2 de Laurent brochard pour la promo de son bouquin. Question: si vraiment on voulait lutter contre le dopage, qu’est ce que fait cet individu( (qui ne s’est jamais repenti, n’a jamais fait part d’un retour critique sur sa carrière) sur le tour? Même si il y a quelques progrès dans cette lutte, j’ai peur que les milieux médiatiques et sportifs soit encore bien vérolés.

    Merci encore pour vos analyses, qui malgré les critiques restent tout de même les seules bouées auxquelles nous accrocher dans l’océan de désinformation ambiant( l’equipe: scandaleux). Le vrai sport vaincra!!!!

  2. Overgame on

    Bonjour 🙂

    en résume, Froome ne m’ pas autant impressionné que certains ici, d’un point vue du temps. On est proche de la limité théorique humaine, ce qui amène suspicion, mais on ne l’a pas franchie comme certaines l’annoncent depuis des jours.

    « 1ere partie de la montée du virage St Estève jusqu’au panneau 10 km : 5.650 km : 18’33″
    Puissance estimé : 402 watt (partie abritée pour Froome, excellent bitume estimée à 0.3 de Cr) »

    Cette partie a été montée en peloton, bien à l’abris du vent et moins vite que Quintana.

    « 2ème partie : du panneau 10 km jusqu’au panneau 5 km : 15’33″ (et 29’45″ pour les 10 dernier Km)
    Puissance estimée : 373 watt (là j’ai un doute sur cette valeur) »

    Cette partie est moins pentue que la précédente : la première partie s’était faite sur une pente moyenne de 9.48% alors que cette deuxième partie a pente moyenne de 7.84%.
    Donc la puissance estimée semble plutôt correcte au vu des temps. C’est sur cette partie qu’à eu lieu sa première attaque, et à 5km du but il a environ 30s d’avance sur Contador et 1m10s sur le groupe Rodriguez/Mollema, donc c’est sur cette partie plus « roulante » (c’est vite dit :p) qu’il a creusé la majeure partie de son écart sur Mollema/Rodruiguez

    « 3ème partie : 5 derniers kilomètres : 14’12″ :
    Puissance estimée 420 watt (dans le vent, bitume moins bon estimée à 0,05 de Cr) »

    Si tu as des difficulté avec la valeur précédente, j’en ai avec celle-ci. Personne n’est d’accord sur le vent qui me semblait de coté, et les estimations sur le bitume induisent forcément une erreur.

    Sur cette partie, l’écart est rapidement passé à 1m40s sur le groupe Mollema/Rodriguez et 46s pour Contador à 3km du but, sur une partie encore moins pentue que la précédente.

     »
    Dernier km : 3’18″, pour faire 112 de dénivelé selon Open Runner.
    Puissance estimée : 473 watt… Quintana perd 18″ en 1 km. »

    Rodruiguez a monté plus vite (presque 20s) et le groupe Mollema aussi vite que Foome. En gros résumé
    -Froome est Froome
    -Quintana perd +/- 20s
    -Contador perd +/- 35s
    -Nieve perd +/- 15s
    -Rodruiguez gagne +/- 20s
    -Mollema ne gagne/perd rien.

    Je suis finalement peu impressionnée, si Rodriguez avait pu suivre sur la partie moins pentue, il aurait pu la gagner. C’est surtout Contador et Quintana qui ont explosé (ils perdent respectivement environ 35 et 20s sur le groupe Mollema sur le dernier km) plutôt que Froome qui les a écrasé.

  3. Bonjour,
    concernant le verrouillage de la cheville les pertes sont importantes ?
    Car j’ai remarqué pour ma part que j’ai aussi cette mauvaise habitude. De quelle façon le travailler et est-ce possible de changer facilement son pédalage.

    Merci pour ces excellentes analyses

    MS

    • admin on

      La pertes d’efficacité biomécanique et bioénergétique qui en découle est dure à chiffrer, mais elle n’est pas négligeable, elle peut représenter une dizaine de watt au vue de ce que j’ai pu constater sur le terrain.

      Changer son pédalage est dure, mais pas impossible, à tous ages notre cerveaux restent capable d’apprendre un nouveaux programme moteur mettant en jeu des dizaines de muscles.

      • Lilian on

        Outre la souplesse, ou la raideur, naturelle de la cheville, un paramètre est déterminant : le positionnement des cales sous les chaussures, et donc la position sur le vélo. Certaines positions favorisent le travail en force, d’autres le travail en souplesse….après il faut trouver le bon compromis qui permettra la libération de la cheville…
        Plus que le gain de puissance, je pense que l’intéret réside plutot dans l’économie d’énergie…

        Qu’en pense le coach?

  4. Rouquette on

    Bonjour,
    J’ai développé un outil qui calcule les puissances sur tout un parcours, en prenant en compte, vent, température, altitude, hygrométrie, caractéristiques du coureur, … On devrait bientôt en entendre parler. Le brevet est déposé depuis 2 ans et on développe enfin l’instrument ! Le but est une aide à l’entraînement.

    Et sur les partie les plus raides de l’étape, on atteint en fait 600W !
    La puissance moyenne de l’épreuve c’est 450W.

    Un autre outil (http://sportech.online.fr) donne des valeurs similaires 578W (72kg, 10kg de matériel, 19.5km/h, 0 vent, 12% de montée, 25°C, Cf 0.0024, Cr 0.007, et SCx 0.3).

    Si c’est du sport !

    • Rouquette on

      Bonjour à tous,
      Je complète mon précédent message.
      Sur la totalité de l’étape on arrive à une puissance moyenne de 369W, si on considère que le max est de 460W.
      Et sur la fin de l’ascension, en comptant la correction de consommation d’énergie liée à l’altitude et la fatigue de la course (dérive cardiaque), on trouve un VO2 consommé de 96 par moment, avec une moyenne de 75 sur le parcours.
      C’est énorme !

      • admin on

        Cela me parait trop… la puissance me semble surévalué avec cet outils. Markel Irizar qui était échappé à 305 watt de moyenne sur son SRM sur l’étape, et il a manger bien plus de vent que Froome. Même bourré d’EPO 370 watt pendant 6 heures, ce n’est pas envisageable.

        • Rouquette on

          Je comprends, mais 20km/h en montée à 10%, c’est 500W.
          Et 247km avec 3500m de dénivelé positif cumulé à 41.7km/h, c’est 400W. Alors bien sûr il y a des descentes, ça surrestime les valeurs.
          Mais si on ne compte que la différence d’altitude, ça donne tout de même un VO2 utilisé de 71, ce qui suggère un VO2Max a plus de 90 !

  5. gégé on

    Bonjour,

    je n’ai vu que les grimaces de froome à l’arrivée. Or ces grimaces sont horizontales et elles devraient être verticales car dans le cas d’un grand effort en vélo la tension se fait vers le bas et si c’est un problème d’oxygène, il y a un relâchement du visage car le diaphragme et la cage thoracique doivent se décontracter à fond pour être les plus efficace.
    Là il est évident qu’il crée ses grimaces (et pas les bonnes). Il ne les augmente pas. Il est parfaitement frais.
    Pourquoi ?

    • admin on

      alors je ne sais pas, je ne suis pas capable d’interpréter cela…. même si les comédiens existes dans le vélo…